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Quels sont les points clés pour une qualité de fourrage optimale ?

De David Leroyer - Chef de Produits Fenaison & Récolte

La qualité des fourrages est un élément crucial pour assurer une alimentation optimale du bétail, qu'il s'agisse de ruminants ou d'autres animaux d'élevage. La récolte joue un rôle majeur dans la qualité finale du fourrage, car elle influence sa digestibilité, sa valeur nutritive et sa capacité à être stockée sans dégradation. 

1. Choisir le bon moment de récolte 

Le moment de la récolte est déterminant pour la qualité des fourrages. Récolter trop tôt ou trop tard peut altérer la valeur nutritive du fourrage. 

  • Graminées (herbes) : La récolte doit avoir lieu au début de la floraison ou juste avant. À ce stade, la teneur en protéines est optimale et la digestibilité est encore bonne. La teneur en matière sèche (MS) des graminées est généralement de 20 à 25% au moment de la récolte idéale. Si elles sont récoltées trop tard, les plantes deviennent ligneuses et leur valeur nutritive diminue. 

  • Luzerne : La luzerne doit être récoltée lorsque la floraison commence à se terminer. À ce stade, la teneur en protéines brutes peut atteindre 20-25%, et la digestibilité est encore acceptable. Si récoltée trop tard, la luzerne devient trop fibreuse et perd de son potentiel nutritif. 

  • Trèfle : Le trèfle est récolté idéalement avant la pleine floraison, avec une teneur en matière sèche variant entre 25 à 30%. À ce stade, la valeur protéique est la plus élevée. 

A savoir  : 

En général, les légumineuses doivent être récoltées un peu plus tôt que les graminées, lorsqu'elles sont encore dans un état végétatif, pour maximiser la teneur en protéines. 

2. Hauteur de fauche idéale 

La hauteur de fauche est un facteur clé pour optimiser la repousse et préserver la qualité du fourrage. 

Pour les graminées et le trèfle, la hauteur idéale de fauche est entre 5 et 8 cm. Cela permet de laisser suffisamment de matière végétale pour que la plante puisse se régénérer rapidement. 

A savoir  : 

Faucher trop bas (moins de 5 cm) peut endommager les racines et ralentir la repousse, ce qui diminue la productivité et la qualité des fourrages à la récolte suivante tout en augmentant le risque d’augmentation de pollution du fourrage. 

3. Conditions météorologiques pour la récolte 

Les conditions météorologiques jouent un rôle essentiel dans la récolte des fourrages. 

  • Temps sec : Il est crucial de récolter les fourrages pendant des périodes sèches. Cela permet de limiter le taux d'humidité du fourrage, ce qui est fondamental pour une bonne conservation et éviter la fermentation. 

  • Humidité idéale : La teneur en humidité du fourrage au moment de la fauche doit être comprise entre 70 à 80%. A la récolte, pour éviter la moisissure, la teneur en humidité doit être réduite à 15-20%. 

A savoir  : 

La pluie et l'humidité excessives retardent le séchage, augmentant le risque de moisissure et de dégradation des nutriments. Les conditions idéales pour la récolte sont donc des journées sèches et ensoleillées. 

4. Méthodes de récolte et séchage 

La méthode de récolte influence directement la qualité du fourrage récolté. 

  • Fauche : Utiliser des équipements de fauche bien réglés est essentiel pour éviter de casser ou d'endommager la plante. La fauche doit être réalisée de manière uniforme pour que toutes les plantes soient récoltées à la même hauteur. 

  • Séchage : Après la récolte, un séchage rapide est primordial pour préserver les nutriments. Le temps de séchage varie selon les conditions météorologiques, mais il est idéal de sécher les fourrages en 48 à 72 heures. Plus le fourrage reste longtemps au sol avant d'être séché, plus il perd de sa qualité nutritive. 

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A savoir  : 

Pour des fourrages de qualité, la teneur en matière sèche doit être 85-90%. Cela garantit une bonne conservation et évite la fermentation indésirable. 

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5. Stockage et conservation 

Une fois récolté et séché, le fourrage doit être stocké dans des conditions qui garantissent sa conservation à long terme sans dégradation de sa qualité. 

  • Balles enrubannées : Pour le foin enrubanné, la teneur en matière sèche idéale se situe entre 40 et 50%, avec un enrubannage immédiat pour éviter l’exposition à l’air et à l’humidité.  

  • Silos : Lors de l'ensilage, la teneur en matière sèche idéale est d'environ 30-35%. Le processus de fermentation doit être bien contrôlé pour éviter la formation d’acide butyrique et d’autres composés indésirables. La fermentation peut commencer immédiatement après l'ensilage si le taux de matière sèche est correct. 

  • Foin : il doit être séché à une teneur en matière sèche comprise entre 80% et 90%. Un foin avec une teneur trop élevée (plus de 90%) peut devenir trop cassant et perdre des feuilles (les parties les plus nutritives), tandis qu'une teneur trop basse (inférieure à 80%) entraînera un risque de fermentation et de mauvaise conservation.

 A savoir  : 

Les rongeurs et les insectes peuvent dégrader le fourrage (foin, enrubannage, ensilage). Il est donc crucial de vérifier régulièrement les conditions de stockage et d'installer des barrières contre les rongeurs, comme des grilles métalliques ou des pièges. 

6. Analyse de la qualité du fourrage 

Pour garantir une bonne qualité, il est essentiel de procéder à des analyses régulières du fourrage, avant et après récolte. Cela permet d’évaluer la teneur en nutriments, tels que les protéines, les fibres et l'énergie. 

  • Matière sèche (MS) : Elle est le facteur principal qui influence la gestion des stocks de fourrage, car la matière sèche détermine la densité énergétique du fourrage. Une teneur élevée en matière sèche (souvent entre 80 et 90 %) est un bon indicateur de la qualité du fourrage pour un stockage à long terme. 

  • Protéines brutes : Les fourrages récoltés à un stade optimal doivent contenir environ 15-25 % de protéines brutes, selon le type de plante. La teneur en protéines diminue rapidement après la floraison. 

  • Fibres (ADF et NDF) : La teneur en ADF (Acid Detergent Fiber) et NDF (Neutral Detergent Fiber) affecte la digestibilité du fourrage. Pour un fourrage de qualité, la teneur en ADF devrait être inférieure à 30-35 %, et la teneur en NDF devrait être inférieure à 50-55 %. Une teneur trop élevée en ces fibres peut nuire à la digestibilité et à l'efficacité de l’alimentation. 

  • Énergie (UFL, Energie Digestible) : Les unités fourragères lait (UFL) sont un indicateur de la valeur énergétique du fourrage. L’analyse énergétique permet de déterminer la capacité du fourrage à fournir l’énergie nécessaire à l’entretien, à la croissance ou à la production des animaux. 

  • Minéraux et vitamines : Les analyses permettent aussi d’évaluer les teneurs en minéraux essentiels (calcium, phosphore, magnésium, etc.) et en vitamines (notamment les vitamines A, D et E) qui influencent la santé des animaux. 

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A savoir  : 

Grâce à l’analyse des fourrages, les éleveurs peuvent ajuster les rations alimentaires en fonction de la qualité réelle des fourrages disponibles et permettent également de mesurer la digestibilité du fourrage, un facteur clé pour évaluer l’efficacité de l’alimentation des animaux. Les fourrages avec une forte digestibilité permettent une meilleure conversion alimentaire et donc une meilleure production de lait ou de viande. 

Pour résumer : 

La récolte de fourrages de qualité repose sur une série de facteurs clés : choisir le bon moment de récolte, respecter une hauteur de fauche adéquate, ajuster les pratiques en fonction des conditions météorologiques, optimiser le séchage, et garantir un stockage approprié. En suivant ces étapes et en prenant en compte les données chiffrées, il est possible de produire des fourrages de haute qualité, essentiels pour une alimentation animale optimale. L'utilisation d'analyses régulières permet également de surveiller et d'ajuster les pratiques pour garantir une production durable et de qualité. 

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