Skip to main content

Comment un andaineur à tapis peut générer jusqu’à 20 000 € de valeur supplémentaire par an sur une exploitation laitière ?

De David Leroyer - Chef de Produits Fenaison & Récolte

À première vue, un andaineur est simplement une machine qui prépare le fourrage avant le passage de la presse ou de l'ensileuse. Pourtant, son mode de fonctionnement influence directement la qualité du fourrage distribué aux animaux et, par conséquent, les performances économiques de l'élevage.

En limitant les pertes de feuilles, l'incorporation de terre et les dégradations mécaniques, l'andaineur à tapis contribue à produire un fourrage plus riche, plus propre et plus homogène. Pris séparément, chacun de ces bénéfices peut sembler modeste. Additionnés à l'échelle d'une campagne, ils représentent plusieurs milliers d'euros de valeur.

1. Préserver les protéines... pour acheter moins de concentrés

La luzerne illustre parfaitement l'intérêt de cette technologie.

Les feuilles représentent environ 50 % de la matière sèche, mais renferment près de 70 % des protéines de la plante. Or, ce sont précisément ces feuilles qui sont les plus sensibles aux pertes lors de l'andainage.

Des essais réalisés en Allemagne (LfL, DLG) montrent que les andaineurs à tapis peuvent réduire les pertes de feuilles de 20 à 50 % par rapport à un andaineur à rotor, selon les conditions de récolte.

Cette meilleure conservation se traduit souvent par une augmentation de 1 à 3 points de MAT (Matières Azotées Totales).

Pour un troupeau de 100 vaches laitières consommant environ 250 à 350 tonnes de matière sèche de fourrages par an, cette amélioration peut permettre de diminuer les achats de correcteurs azotés.

Gain économique estimé : 2 000 à 6 000 € par an, selon le prix des tourteaux et la part de luzerne dans la ration.

2. Un fourrage plus propre, un ensilage plus sûr

Le deuxième levier est souvent sous-estimé.

Contrairement aux andaineurs classiques qui déplacent le fourrage au contact du sol, un andaineur à tapis le soulève grâce à un pick-up avant de le déposer délicatement dans l'andain.

Les essais européens montrent une diminution de 15 à 40 % de la teneur en cendres, signe d'une moindre incorporation de terre.

Cette différence est essentielle, car la terre constitue la principale source de contamination par les spores de Clostridium, responsables des fermentations butyriques.

Pour les élevages produisant du lait destiné à la transformation fromagère, cette qualité sanitaire contribue à sécuriser les primes qualité et à limiter les risques de pénalités liées au comptage des spores butyriques.

Même hors filières AOP, un ensilage moins contaminé présente généralement une meilleure stabilité à l'ouverture du silo.

Valeur économique estimée : 500 à 3 000 € par an, selon la valorisation du lait et les pratiques de conservation.

3. Une meilleure ingestion, des performances animales plus régulières

Lorsque le fourrage conserve davantage de feuilles, il est plus appétent et plus digestible.

Les animaux consomment plus facilement une ration homogène, riche en protéines et pauvre en terre.

Cette amélioration de l'ingestion favorise :

  • Une meilleure valorisation de la ration
  • Une production laitière plus régulière
  • Une réduction des refus à l'auge.

Même un gain moyen de 0,3 à 0,5 litre de lait par vache et par jour pendant plusieurs mois de distribution du fourrage représente plusieurs milliers de litres de lait supplémentaires sur un troupeau de 100 vaches.

À un prix du lait de 450 €/1 000 litres, cela représente un potentiel de 3 000 à 8 000 € de chiffre d'affaires supplémentaire. Bien entendu, ce gain dépend de nombreux facteurs (qualité initiale des fourrages, équilibre de la ration, stade de lactation, conduite du troupeau) et ne peut être attribué au seul andaineur.

4. Moins de pierres, moins d'usure du matériel

En limitant le ramassage de pierres, l'andaineur à tapis protège également les équipements de récolte.

Moins de couteaux cassés, moins de dents endommagées, moins d'usure prématurée des presses et des ensileuses : autant de coûts évités qui s'ajoutent au bilan économique.

Selon les exploitations, cela représente 500 à 2 000 € d'économies annuelles entre les pièces, la main-d'œuvre et les arrêts de chantier.

5. Préserver le potentiel des prairies et de la luzerne

Le pick-up ne malmène pas la végétation restante.

Associé à une hauteur de coupe de l'ordre de 7 cm, il favorise une repousse plus rapide des prairies et de la luzerne.

Sur une culture récoltée 4 à 5 fois par an, quelques jours gagnés après chaque coupe peuvent contribuer à sécuriser le calendrier de récolte et, dans certaines régions, permettre une coupe supplémentaire lorsque les conditions climatiques sont favorables.

L'impact économique dépend fortement du contexte pédoclimatique, mais le maintien du potentiel de production constitue un bénéfice durable.

Combien vaut réellement un andaineur à tapis ?

Le retour sur investissement ne repose pas sur un seul critère, mais sur l'accumulation de nombreux gains.

 Source de valeur

 Gain annuel   estimatif*

 Économies de concentrés protéiques

 2 000 à 6 000 €

 Qualité sanitaire des fourrages

 500 à 3 000 €

 Performances animales liées à une   meilleure valorisation   du fourrage

 3 000 à 8 000 €

 Réduction de l'usure du matériel

 500 à 2 000 €

 Valorisation de la repousse

 Variable

 

Potentiel global : 8 000 à 20 000 € par an, selon la taille du troupeau, les surfaces récoltées, la part de légumineuses, le système alimentaire et la valorisation du lait.

* Ces montants sont des estimations fondées sur des références techniques (INRAE, Arvalis, Idele, DLG, LfL, Agroscope) et sur des hypothèses de fonctionnement d'une exploitation laitière. Ils ne constituent pas une garantie de résultat et peuvent varier selon les conditions de récolte, le matériel utilisé et les pratiques de conduite.

Conclusion

Un andaineur à tapis ne produit pas davantage de fourrage. En revanche, il permet d'en préserver une plus grande partie de la valeur.

En réduisant les pertes de feuilles, l'incorporation de terre et les dégradations mécaniques, il améliore la qualité nutritionnelle et sanitaire des récoltes. Cette qualité se retrouve ensuite dans la ration, les performances des animaux, la maîtrise des coûts alimentaires et la valorisation du lait.

Pour les élevages où la qualité du fourrage est un levier stratégique, l'andaineur à tapis n'est plus seulement un outil de récolte : c'est un investissement qui participe directement à la rentabilité de l'exploitation.